LE SYNDICALISME FRANÇAIS
CFDT, CGT, CGC, MEDEF, CFTC, FO...
Une petite mise au point pour décrypter le paysage syndical actuel.

La France a un taux de syndicalisation parmi les plus bas d'Europe :
10 % des salariés appartiennent à une organisation syndicale.
Et ce syndicalisme est encore affaibli par son éclatement.
Par ailleurs, le régime de représentativité est en crise puisque l’Etat ne reconnaît que quelques syndicats comme interlocuteurs.

Les principaux syndicats, leur secrétaire général et leur date de fondation

MEDEF - Le mouvement des entreprises de France a succédé,
en octobre 1998, au CNPF
Ernest-Antoine Seillière
Création : 1946

CFDT - Confédération française démocratique du travail
François Chérèque
Création : 1964
830 601 adhérents

CGT - Confédération générale des travailleurs
Bernard Thibault
Création : 1895
650 000 adhérents

FO - Force Ouvrière
Marc Blondel
Création : 1947

CFE- CGC - Confédération française de l’encadrement confédération générale des cadres
Jean-Luc Cazettes
Création : 1944

CFTC - Confédération française des travailleurs chrétiens
Jacques Voisin
Création : 1919

FNSEA - Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles
Jean-Michel LEMÉTAYER


LE SYNDICALISME FRANÇAIS

De la seconde guerre mondiale à aujourd'hui

1940
: Vichy interdit le syndicalisme, CFTC et CGT sont dissoutes
par la Loi du 16 août.
De nombreux syndicalistes entrent dans les réseaux de résistance.
Des actions sont menées conjointement par la CGT et la CFTC.

1944 : création de la CGC – Confédération Générale des Cadres.
Institution des Comités d’entreprise et de la Sécurité Sociale

1946 : après la guerre, est posée la question du cumul des mandats politiques et syndicaux. Le non-cumul est adopté en février.

1947 : les tensions de la guerre froide entre l’Est et L’Ouest rejaillissent dans les débats internes aux syndicats. Naissance de la CGT- FO qui s’oriente vers le paritarisme et le réformisme. La CGT reste dominée
par les éléments communistes.

1964 : la CFTC se scinde en deux : CFTC et CFDT – Confédération Française Démocratique du Travail. Evolution vers un syndicalisme laïc.
La CFTC se maintient avec une référence confessionnelle.

Mai 1968 : les syndicats appellent à une action sur les lieux de travail.
Pour la première fois, le syndicalisme agit en entreprise. Accords de Grenelle - augmentation de 35% du salaire minimum, reconnaissance
de la section syndicale à l'entreprise…

1970 : l’autogestion est présentée comme une alternative au capitalisme.
Participation des salariés à la gestion de l’entreprise ; ils deviennent présents dans différentes instances.

1981 : arrivée au pouvoir de la gauche, considérée comme la possibilité
d’un renouveau pour le syndicalisme.

1982 : ordonnances réduisant la durée du travail à 39 heures et instituant
la cinquième semaine de congés payés.

1984 : retraite à 60 ans

1988 : début du syndicalisme d’adhérents. Volonté d’augmenter le nombre d’adhérents et d’être implanté sur les lieux de travail afin d’exercer une action plus revendicative.

1998 et 2000 : Lois Aubry qui fixent la durée légale du travail à 35 heures
de travail effectif hebdomadaire.


 


  • Où va le syndicalisme français ?

 Le récent départ de Marc Blondel, c'est le départ du dernier des grands dirigeants du syndicalisme qui ont marqué les années 1990. Des années qui restent des années « de crise » malgré de fortes mobilisations. Nouvelles scissions syndicales3, dispersion extrême, abstentions massives aux « prud'hommales », absence de résultats lors de nombreux mouvements sociaux, forment l'essentiel des traits qui dominent alors, dans un contexte de syndicalisation désespérément faible. Avec moins de 10 % de syndiqués, la France se situe, et de loin, au niveau le plus bas des pays de l'Union européenne. Dès lors, évoquer l'avenir du syndicalisme peut laisser perplexe. Pourtant, la question demeure. Elle découle du rôle que jouent les corps intermédiaires et représentatifs dans les démocraties modernes. Mais aussi des mutations économiques, techniques et internationales qui interpellent les acteurs sociaux et les conduisent à faire face à la mise en cause de règles et régulations liées au passé ou à l'essor de règles nouvelles. Dans ces contextes, le devenir des syndicats dépend de nombreux facteurs dont certains s'imposent avec force. Par exemple, leur influence sur les décisions qui concernent l'entreprise et l'emploi, ou leur rôle dans la constitution d'une « Europe sociale ». Pour pallier la faiblesse des syndicats français, il faut que leur influence passe par la concertation ou la négociation, gagne en importance au niveau local. Sur ce plan, divers efforts existent, même s'ils répondent à des buts distincts. Même s'ils relèvent de registres divers, ils s'attachent à donner plus d'assise à la « représentativité syndicale » et une légitimité accrue aux accords collectifs. C'est-à-dire à renforcer des traits qui, dans de nombreux pays, constituent souvent l'essentiel du pouvoir d'influence syndical. À l'évidence, c'est dans ce cadre que s'inscrivent les propositions de certains syndicats sur l'accord majoritaire4 ou celles du rapport de Virville sur des « élections de représentativité »5, pour ne citer que ces initiatives. Par-delà l'entreprise, existe l'Europe. Aujourd'hui, beaucoup déplorent l'absence de grands enjeux et d'utopies dans le monde syndical. Si l'utopie se mesure à la manière dont les projets qu'elle suscite s'inscrivent dans l'Histoire mais aussi aux difficultés qui s'opposent à leur réalisation et qui parfois donnent l'impression d'être insurmontables, alors la constitution d'un espace social européen face à ceux qui existent déjà – le marché unique, l'espace monétaire – relève bien de l'utopie. Dans les faits, la Confédération européenne des syndicats (CES) où siègent cinq organisations françaises, connaît désormais des évolutions qui peuvent la renforcer, à terme. Longtemps, la CES fut un pur appareil institutionnel sans prise sur le « réel ». Aujourd'hui, la situation se transforme même si pour certains, cela se fait à un rythme trop lent. L'essor de larges mouvements sociaux (Vilvorde, les routiers, etc), l'institution des syndicats dans les « Comités de groupes européens », la conclusion d'accords liant CES et patronat, constituent autant de premiers pas. Ou les jalons d'un devenir auquel les syndicats français participent à divers degrés, et qui impliquent en Europe la création de nouvelles conventions et régulations. Pour toutes ces raisons, l'avenir des syndicats ne saurait se traduire par « no future ». Bien au contraire.

Guy Groux

1. Auteur de Vers un renouveau du conflit social ?, Bayard, coll. « Société », 1998 et directeur de L'action publique négociée. Approches à partir des « 35 heures » – France-Europe, L'Harmattan, coll. « Logiques Politiques », 2002.
2. Centre d'étude de la vie politique française.
3. Scissions d'où naissent la FSU (Fédération syndicale unitaire) et l'UNSA (Union nationale des syndicats autonomes). Sud (Solidaires. Unitaires. Démocratiques) est créé juste auparavant, à la suite d'une scission touchant la CFDT.
4. « Accord majoritaire » : selon ces propositions, un accord ne peut être valide et appliqué à tous que s'il est signé par une ou plusieurs organisations ayant recueilli la majorité des voix aux élections professionnelles. Ce qui est contesté ici, c'est le principe de l'accord impliquant l'ensemble des salariés, même lorsqu'il est signé par des organisations minoritaires.
5. « Élections de représentativité » : il s'agit d'une proposition récente de la commission de Virville instituée par le ministre du Travail. La représentativité des syndicats qui relève aujourd'hui du droit serait soumise à un vote organisé tous les cinq ans, auprès des salariés concernés. À la représentativité octroyée par les pouvoirs publics, s'agrège ainsi une représentativité par le vote, ce dernier constituant en l'occurrence une sorte « d'instrument de mesure ».