REVIVAL Bill CHASE

Date de parution : 8 11 2005

Stéphane ROLLIN,
Un trompettiste français fait revivre sur scène Bill CHASE
 

Avec le Rollin’s Band Orchestra, Stéphane Rollin fait renaître le célèbre groupe jazz-rock made in US des années 70 de Bill Chase, composé de quatre trompettistes, d’un chanteur, d’un pianiste et d’une section rythmique.


Bill Chase, trompettiste surdoué pour l’extrême aigu, après avoir été leader dans les grandes formations de jazz de Stan Kenton, Woody Hermann et l’autre phénomène du suraigu Maynard Ferguson, crée en 1970 sa formation Jazz-Rock qui défraye alors la chronique dans le milieu Jazz et rock. En France, l’arrivée de ses disques fait le bon-heur et l’admiration des musiciens cuivres, à l’époque quasi inexistant dans la « pop » et le jazz-rock, enseveli par la vague des guitares électriques et d’autres instruments amplifiés. Bill Chase impressionne par sa virtuosité et le feu d’artifice de son quatuor de trompettes.
Malheureusement il n’a pas eu le temps de développer son talent. Né le 20 octobre 1934, William Edward Chiaiese de son vrai nom, changé en Chase par son père John d’origine italienne, Bill meurt dans le crash d’un avion de ligne en Août 1974 et laisse seulement derrière lui trois albums de son groupe.
Pour Stéphane Rollin, l’intérêt de faire revivre les compositions de Bill Chase n’a de sens que sur scène et en propose un spectacle au grand public d’aujourd’hui avec le Rollin’s Band Orchestra.

ECOUTEZ LE ROLLIN'S BAND ORCHESTRA
woman of the dark

get it on

 
 
ENTRETIEN
avec Stéphane ROLLIN
 

Je suis né le 3 février 1971 à Angoulême, peut-être au moment où Bill Chase montait sur scène pour la première fois avec son groupe mais je n’ai certainement pas été bercé par cette musique.
J’ai découvert la trompette en regardant du cirque à la télévision d’où mon désir de devenir clown trompettiste. Et comme beaucoup, j’ai suivi un parcours classique ou disons académique, d’abord à l’ENM d’Angoulême avec Jean-Claude Elisas puis au CNR de Montreuil avec Eric Aubier. J’avais quelques facilités pour l’aigu mais mes professeurs ne m’ont pas encouragés dans cette voie, sans doute par crainte de fatigue prématurée et de respect du style.


Dans les années 1990/1991, pendant mon service militaire effectué dans la Musique du Mont Valérien à Suresnes comme trompettiste, chaque matin un copain de chambre passait une cassette audio d’un groupe américain Jazz-Rock où les phrases des quatre trompettistes fusaient dans un aigu extrême. C’était Bill Chase et sa formation des années 70. Une révélation pour moi.
 

"Alors on peut aborder la musique à la trompette autrement ! ".


Puis j’ai découvert les grandes formations de Jazz avec à la trompette, Cat Anderson ou Maynard Fergusson puis Arturo Sandoval. Mais leur jeu extrême se révélait en soliste. Avec Bill Chase, c’était une section de quatre trompettes qui atteignait les sommets. Ce qui me plut avec ce groupe c’était le nouveau style Jazz-Rock de ces années fusion de grande découverte, le coté binaire, l’après Bee-Bop, le hard-bop qui s’éloignait de la section standardisé, sax, trompettes, trombones…

 

 
 

Je commençais donc à travailler l’aigu mais mon embouchure Bach 1/2C ne me facilitait pas la tâche. J’y arrivais mais au pris de gros efforts… Je décidais tout de même de sortir du système classique. Si esthétiquement cela me plaisait à l’écoute, je n’étais pas satisfait dans la pratique. A ma sortie de l’armée, je signais un contrat comme trompettiste chez Disney et découvrais le répertoire Big Bang dans la Fanfare du Château ou dans les autres forma-tions. Un trompettiste et ami, Dominique Metton, qui avait un splendide suraigu m’encouragea à développer cette technique et m’incita à changer de matériel en me proposant une 14 A4A Schilke. Effectivement le changement fut probant. J’ai une pensée pour Dominique emporté rapidement par une terrible maladie à 27 ans.

En 1993, à la fin de mon contrat avec Disney, c’est le grand vide. Je ne vois pas très bien la route à suivre comme musicien. C’est le début des années tristes pour le monde du spectacle, les affaires ne courent pas les rues et j’ai du mal à m’introduire dans le milieu parisien. Je décide de retourner à Angoulême et j’arrête la musique. Je revends ma trompette et accessoires. Je n’y touche plus pendant cinq ans. Je vis de petit boulots, livreur-monteur dans une société de transport et puis serveur chez Quick, etc…

L’idée de la musique me tenaille, un étrange mélange entre recherche des plaisirs, joies de la musique et contrainte d’entraînement sur la trompette. Surtout je n’ai pas oublié Bill Chase, sa musique traîne dans ma tête.

En 1998, je fais le point sur ma vie professionnelle et personnelle. Galérer dans une vie active qui ne me passionne pas ou réessayer de renouer avec ma passion, la musique et la trompette ? Je me mets dans la peau de Bill Chase, recherche son matériel, des documents sur sa vie, ses enregistrements, ses compositions. Heureusement nous som-mes à l’heure d’Internet et la recherche est assez aisée. Je me procure une embouchure identique à la sienne, une 6A4A, qu’il a mis au point chez Schilke. Je recherche ses sensations.

Mon programme de travail : j’écoute Bill Chase, Maynard Ferguson, Cat Anderson, Sandoval, beaucoup de salsa, toutes sortes de Big Band, où la trompette se démarque avec ses éclats et je joue les exercices de la méthode….. Arban ou Balay.
 




Ma sœur violoniste me passe des concertos de Bach que je joue sans arrêt….. Bien sûr, je m’essaye à jouer à l’octave les études caractéristiques d’Arban et j’y arrive ; j’ai les sensations d’un sportif qui court un 100 mètres et ça m’apporte énormément de plaisirs… une sorte de drogue en fin de compte. Mais je n’oublie pas le grave. On ne se spécialise pas dans l’extrême aigu on l’ajoute à sa tessiture normale.

 
 

Pendant plusieurs années je travaille seul, je repique les solos de Sandoval, Ferguson plus accessibles en audio et de meilleure qualité sonore que les vieux enregistrements de Bill Chase.


Je suis à l’école de la rue, l’école de l’écoute.


Je découvre que plus tu fais de l’aigu, plus cela te devient nécessaire, un manque s’installe si tu ne touches pas ta trompette, alors…. Je ne m’en prive pas. J’aborde le travail de la trompette comme du yoga, avec des exercices de respiration et le développement de la visualisation mentale du son. Je travaille la musculation des muscles nécessaires au souffle et au maintien des lèvres. J’ai trouvé une méthode très intéressante de Cat Anderson développant ce sujet et bien sûr celle de Caruso.


J’essaye de mettre en pratique cette équation : la pression de l’appui de l’embouchure sur les lèvres doit être égale à la pression de l’air nécessaire expulsé ce qui respecte l’oxygénation régulière des lèvres. Ceci dit la pratique du « no pressing « c’est de la fiction.
Quand tu joues dans l’extrême aigu, entre le contre-sol au bi-ut, voire beaucoup plus haut, la forte pression sanguine est dirigée vers le bas du corps. Quand tu relâches, cette pression remonte brutalement. Il faut contrarier ce mouvement après l’effort en maintenant la direction du flux sanguin vers le bas par une technique de respiration. Sinon cela peut-être dangereux un afflux de sang brutal vers la tête peut provoquer des malaises voire plus (rupture d’anévrisme). Le yoga m’a beaucoup aidé dans cette démarche. Maynard Ferguson est un maître en yoga. Il n’y a pas de secret. Je suis très axé sur les techniques de médecines douces énergétiques, sur les postures des arts martiaux pour la recherche du ki au maximum, avec l’assise sur un bassin ouvert, en se cambrant légèrement, mais ceci m’est propre, nous ne sommes pas tous fabriqués pareil.


Mais je ne suis pas un ascète, je vis normalement avec aussi quelques fois des excès, de gros excès, mes amis trompettistes et non trompettistes pourraient l’attester avec aisance... "mais ..chhuuuuttt..."





Le Rollin's Band Orchestra
 


Je regrette que l’enseignement académique n’ouvre pas plus ses portes à des types moins dans la norme.


Heureusement, j’ai fais la rencontre en 2001 avec un type extraordinaire, le trompettiste Christian Martinez qui joue admirablement bien de la trompette d’ailleurs sa carrière le prouve amplement. Il enseigne entre autre chez Arpèges, j’ai suivi ses cours. C’est mon « guide ». J’ai grâce à lui continué à développer ma technique instrumentale et surtout esthétique et musicale.


Je reviens à Bill Chase.
J’ai décidé en 2002 de faire revivre en live Bill Chase et ses compositions. Je me suis procuré certains de ses dis-ques, en vente d’occases sur e-bay avec l’aide d’un de mes trompettiste du Rollin’s Band Orchestra, Rodolphe Millet entre autre premier trompette du big band de Frédéric Manoukian.

 
 

Chase a réalisé trois albums, Chase en 1971, Ennéa en 1972, et en 74, Pure Music. Rappelons que Chase et une partie de ses musiciens sont morts dans un crash d’avion ce jour là il y avait beaucoup de brouillard et l’avion est descendu trop bas en fin de vol c’était fin août 1974, tragique…bref ,
 

 
 

Je repique sur des microsillons que j’ai mis sur CD laser les titres de Chase. Les quatre parties de trompettes sont facile à retranscrire, mes parents m’ont donné la chance d’avoir l’oreille très affûtée, disons absolue, les arrangements de la section de trompette fonctionnent sur le même principe que ceux d’un big-band, la première et seconde trompette donnent la puissance et la profondeur de la section, la troisième et quatrième sont souvent juxtaposées au ton ou demi-ton, apportant ce caractère agressif et tendu de la section. Le relevé le plus délicat et difficile a été celui des paroles du chanteur. Un vrai casse tête. Je me suis fait aidé par un ami, trompettiste américain vivant à Paris, Andrew Croker, croisé dans des big bands parisiens. Même lui a eu quelques difficultés, notamment avec le titre « Saturn » de Pure music écrit en vieil anglais shakespearien sans doute pour donner une évocation plus mystique à ce morceau.

 

Les partitions prêtes, il me fallait réunir douze musiciens pour ce projet un peu déjanté. J’ai fait la première répéti-tion avec les trompettistes. Benjamin Belloir, Rodolphe Millet et Frank Guicherd. Pour chorusser sur ce style de musique c’est assez compliqué car à part les grilles qui sont conventionnelles au jazz, le style rock très binaire demande beaucoup de rapidité et de vivacité de présence physique et d’esprit.

 
 

Le débit des notes est souvent proche de celui du hard bop. Ils connaissaient tous Bill Chase mais seulement de loin et par l’écoute. Au début ils m’ont pris pour un « taré ». Mais ils m’ont suivi dans ce projet. A la première répétition, la sauce a pris. Les partitions étaient bien réalisées pour rassurer mes partenaires, ça sonnait d’enfer ! Pour nous tous c’était nouveau. La personnalité du chanteur est aussi essentiel car dans ce groupe le dialogue s’instaure entre le chant et la section de trompettes. J’ai formé ce groupe, le Rollin’s band à l’identique de celui de Bill Chase.

 
 

Nous avons fait notre premier concert au Sunset (sunside plus précisément ) en mai 2003 où nous avons joué le programme, environ 13 titres devant un parterre de connaisseurs trompettistes et artistiques. Impressionnant pour nous. Il y avait : Longnon, Egéa, Kako, Delpeux Folmer j’en oublie veuillez m’en excuser … ce fut une grande révélation et une grande réussite pour le projet. Des personnes ayant connues Bill Chase étaient présentes et sont venues nous dire que son son et sa présence revivaient, un instant de bonheur intense pour nous d’entendre des paroles aussi forte pour notre cœur.


Cela nous a permis de rencontrer notre sponsor actuel de trompettes le groupe B&S.
- Benjamin Belloir joue avec le model B&S challenger 3138/2 brossé avec embouchure 13a4 schilke,
- Rodolphe millet joue aussi avec une 3138/2 brossé avec embouchure M8 romera model Christian Martinez,
- Franck Guicherd joue sur le model B&S challenger 3137 ST argent massif et embouchure M8 romera model Christian Martinez
- moi je joue aussi avec une 3137 ST argent massif avec embouchure 2 spéciale de chez Selmer, model double cuvette que mon père et moi avons rectifié avec "les moyens du bord", ce jour là ce fut une grande crise de fou rire…


A partir de ce moment, j’ai cru à la facilité de vendre ce produit artistique si différent des autres. Je me suis entouré de soi-disants spécialistes de la com’. Cela a été une expérience de management non aboutie et très décevante.


Invité au symposium européen de la trompette à Bordeaux juillet 2005
Un grand merci à Pierre Dutot qui nous a permis de jouer là aussi devant un parterre impressionnant de trompettistes, David Guerrier, Thierry Caens, Jean-François Dion et bien d’autres... Ce fut aussi une grande première de jouer ce style de musique devant un public qui s’attendait à tout surtout de la musique classique et moderne mais pas à du jazz rock décapant comme le notre. La réussite a été au rendez vous, merci aux bonnes étoiles de ce jour ! Beaucoup nous ont encouragés et cela a davantage resserrer les liens du groupe qui s’appelle désormais le Rollin’s Band Orchestra.


L’intérêt est de faire revivre sur scène Bill Chase et ses compositions. Nos enregistrements audio ou vidéo live n’ont de valeur que pour nous faire connaître.


Quelques trompettistes jeunes et moins jeunes de la profession me demandent des conseils que j’essaye de structurer pour les aider mais il reste difficile de transmettre un enseignement basé sur des sensations et une recherche de connaissance de soi pour maîtriser cet instrument pour le moins ingrat. Je ne souhaite pas pour l’instant faire pro-fession de l’enseignement même si j’envie parfois les musiciens enseignants assurés d’une situation financière stable. Car en tant qu’intermittent du spectacle ça n’est pas toujours la joie. Notre système d’Assedic n’est plus viable, c’est une atteinte à la culture, c’est lamentable d’en arriver là mais telle est la volonté de nos dirigeants. On nous précarise, ce n’est pas facile à vivre car nous ne pouvons pas faire de projets, ni personnels ni artistiques. Dommage.


J’aime le groupe, le travail en section mais pourquoi pas un jour le travail solitaire. Bill Chase a été l’un des pre-miers a utilisé, la fonction delay, à l’époque la chambre d’écho. Dans l’introduction d’ "open up wide" nous en avons un bel exemple. Là aussi, il a été précurseur. Je pense à utiliser les techniques actuelles. Après m’être confronté aux relevés de partitions, aux arrangements j’envisage un jour la composition. J’ai des idées mais pour l’instant je n’ose pas. Un médium m’y a pourtant encouragé. Mais même s’il voit bien, peut-être est–il sourd …, ce médium ? ( rire…) A suivre….

Mon souhait c’est de faire vivre annuellement le Rollin’s band orchestra et surtout faire revivre la musique de Bill Chase pour le plus grand bonheur des amateurs de cette couleur musicale.
Stéphane Rollin

Sites Web pour découvrir Bill Chase
 

Jazztrumpetsolos
Bill Chase Story
Bill Chase Tribute
_______________________________télécharger : biographie de Bill Chase en anglais format PDF