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• LE MONDE | 22.11.02 | 12h24


Rentrée vigoureuse pour l'Orchestre de Paris
 
C'est après avoir musicalement sonné l'alarme en attaquant sans crier gare une impétueuse mini-ouverture de Carmen, véritable manifeste de révolte et de résistance, que le directeur musical de l'Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach, a posé sa baguette, saisi un micro et s'est tourné vers le public. "Aidez-nous ! a-t-il demandé, aidez-nous dans notre effort légitime, urgent et nécessaire de persuader nos tutelles de construire un nouvel auditorium pour vous, pour nous et pour Paris." Des applaudissements fournis ont salué la musique, le discours et la mise à disposition, dans le hall du Théâtre des Champs-Elysées, de formulaires de pétition destinés au président de la République, Jacques Chirac.

Christoph Eschenbach a ensuite souligné la position invraisemblable de sa formation sans domicile fixe : "Tous les orchestres portant les noms de leur capitale ont des locaux qui leur sont propres. Que ce soit le Concertgebouw à Amsterdam, les Berliner Philharmoniker à la Philharmonie de Berlin, la Philharmonie de Vienne au Musikverein, l'Orchestre de New York à Carnegie Hall... Porter le nom de Paris et n'avoir pas un toit sur la tête, c'est triste."

Depuis l'annulation des concerts des 6 et 7 novembre à la Cité de la musique, faute de salle de répétition décente, c'est le premier programme donné par Christoph Eschenbach avec son orchestre. L'ouverture de Ruslan i Lyudmila de Glinka, d'une élégance ascète, tout en nerfs et tendons, électrisera tout autant qu'elle permettra de rentrer dans le concert proprement dit. C'est heureux car le "Double" de Brahms, annoncé en remplacement de Gil Shaham et du Concerto pour violon de Korngold initialement prévu, est très attendu.

Des contours expressifs inouïs

Une première à Paris, que ce Concerto pour violon et violoncelle avec les frères Renaud et Gautier Capuçon. Le grand public aime et connaît bien Renaud, l'aîné blond, et violoniste, qui vient de faire des débuts triomphants à la Philharmonie de Berlin dans ledit Concerto de Korngold sous la direction de Bernard Haitink les 15, 16 et 17 novembre. Le jeune Gautier, quant à lui, brun et tout aussi talentueux violoncelliste, n'est encore très apprécié que par les professionnels.

Voilà qui va sûrement changer. Les deux frères rivalisent de générosité, de raffinement, de poésie et d'audace, donnant aux phrasés et aux couleurs brahmsiens des contours expressifs inouïs, avec un sens architectonique mêlant clarté, rigueur et esprit rhapsodique – dans la belle confraternité du duo concertant. Une 5e Symphonie de Beethoven, menée comme à la guerre par Christoph Eschenbach, viendra clore ce concert de haute tenue, témoignant de l'excellente santé musicale de l'Orchestre de Paris.

 

 Marie-Aude Roux

Ouverture de Ruslan i Lyudmila de Glinka, Concerto pour violon et violoncelle en la mineur op. 102 de Brahms, Symphonie no 5 en ut mineurop. 67 de Beethoven. Avec Renaud Capuçon (violon) et Gautier Capuçon (violoncelle), l'Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach (direction). Théâtre des Champs-Elysées, le 20 novembre. Prochain concert : Chostakovitch, Ravel et Schubert, avec Renaud Capuçon (violon), Gautier Capuçon (violoncelle) et Frank Braley (piano), au Théâtre des Champs-Elysées, le 10 décembre, à 20 heures. Tél. : 01-48-20-91-22. De 5 € à 55 € .

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 23.11.02


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