INDUSTRIE DU DISQUE
Des labels français cherchent le salut dans la polyvalence
LE MONDE | 08.11.04 | 14h34
Les évolutions technologiques et les changements d'habitude de consommation modifient radicalement l'économie de l'industrie phonographique, incitant les professionnels du disque à réfléchir à de nouveaux modèles de production pour sortir de la crise.

Démis, début 2004, de ses fonctions de directeur européen d'EMI Recorded Music, le Français Emmanuel de Buretel se lance dans une nouvelle aventure. "Aujourd'hui, explique-t-il, les multinationales ne valorisent pas assez la création et ses différents modes d'exploitation. Plus de transversalité permet de valoriser les actifs." En clair, Because, la nouvelle structure créée par celui qui, en son temps, produisit pour la société Virgin des artistes comme IAM, Les Négresses vertes, Air ou Daft Punk, se veut une entreprise dédiée "à la musique et pas seulement au disque".

"Il s'agit d'aider des artistes, mais aussi des structures de création à optimiser leurs projets à travers l'édition, la production, la diffusion sur toutes formes de supports : le CD, l'audiovisuel, le spectacle vivant, la téléphonie, Internet, l'édition papier...". Emmanuel de Buretel a pris des participations dans la société polyvalente Corida qui, depuis 1992, développe une activité de propriétaire de salles de spectacles parisiennes - La Cigale, La Boule noire, Le Trabendo -, d'entrepreneur de spectacles, de manager, d'éditeur et de producteur d'artistes - Rita Mitsouko, Zebda, Manu Chao, Dupain ou Laetitia Sheriff.

DU DISQUE AU SPECTACLE

Pour le PDG de Corida, Jacques Renault, "il s'agit de développer des synergies, de trouver des idées ensemble pour que les uns et les autres soient les plus performants possible". Premier exemple, celui d'Amadou et Mariam, duo malien : leur album, Dimanche à Bamako, est le premier CD publié par Because ; la réalisation artistique en a été confiée à Manu Chao, dont Corida est l'agent, le tourneur et le gestionnaire d'affaires ; des concerts sont organisés à La Boule noire, une salle de Corida (prochaines dates les 14 et 21 novembre).

A l'instar de Corida, la société Olympic Tour (Yan Tiersen, Dominique A, M...), à Nantes, dirigée par Charles Bensmaine, se lance aussi dans la production de disques (Alexandre Varlet, 26 Pinel).

Surtout, les producteurs phonographiques s'intéressent de plus en plus à la production de spectacles. L'industrie du disque a enregistré en 2003 une baisse de son chiffre d'affaires de 14,6 % - et pour les neuf premiers mois de 2004 une chute de 19 % par rapport à la même période de 2003. Parallèlement, les spectacles de musiques actuelles ont vu leurs recettes progresser.

Patron du label Tôt ou tard, qui propose sur son catalogue des artistes comme Vincent Delerm, Les Têtes raides, Jeanne Cherhal ou Lhassa, Vincent Frèrebeau fait partie des professionnels du disque qui envisagent sérieusement de demander une licence d'entrepreneur de spectacles. "Il ne s'agit pas de piquer les recettes du spectacle vivant, se défend-il, mais nos métiers évoluent. Le producteur de disques devient producteur de musique. Cela concerne une exploitation de l'œuvre via le support CD, mais aussi à travers l'édition, la synchronisation d'une musique dans une publicité ou un film, la diffusion dématérialisée ou la production de spectacles. Il faut que je puisse consolider tous ces types d'exploitation si je veux continuer à développer des artistes. D'autant que le nombre de producteurs de spectacles est très inférieur à celui des producteurs de disques. Il y a un véritable engorgement."

Producteur de spectacles au sein d'Astérios (Sanseverino, Cali, Les Têtes raides, Vincent Delerm), Olivier Poubelle observe pour sa part ces envies de polyvalence avec circonspection. "De même qu'il est dangereux pour un tourneur de produire un de ses artistes parce qu'aucun label n'en a voulu, il ne sera pas facile pour un producteur de disques de faire tourner un artiste qu'un producteur de spectacles n'aura pas jugé apte à la scène. Je crois plus à la synergie entre nos métiers qu'à de nouvelles concurrences."

Stéphane Davet

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 09.11.04
   

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