Editorial du numéro 282, 1ere quinzaine mai 2003
 
 
 
Le compte est bon

Nous publions dans ce numéro une série de chiffres sur le public de la musique classique en France. Ils coïncident étrangement.

Ainsi, Mediamétrie a recensé un million d'auditeurs de France Musiques. Si l'on ajoute ceux de Radio Classique, on peut estimer l'audience globale des radios classiques à un million et demi d'auditeurs.

Les festivals d'été en France appartenant à la Fédération française des festivals internationaux de musique déclarent accueillir une moyenne de 900 000 spectateurs. Si l'on ajoute le public des festivals non-adhérents, on doit arriver à peu près au même chiffre, soit 4% de la population en âge d'être concernée.

Les opéras donnés dans les grands festivals et diffusés en direct à la télévison enregistrent, bon an, mal an, un million de téléspectateurs.

Ce chiffre doit correspondre au public du lyrique en France (l'Opéra de Paris annonce un nombre proche d'entrées annuelles, mais une même personne peut aller à l'Opéra plusieurs soirées par an. A l'inverse, ne sont pas comptés ceux qui habitent trop loin d'une maison d'opéra ou qui n'ont pas les moyens de s'y rendre plusieurs fois par an).

Si l'on ajoute l'assistance aux concerts symphoniques, récitals, musique de chambre on retrouvera globalement le même ordre de grandeur cité plus haut.

En ce sens, contrairement à ce qu'ont pu écrire les grincheux de l'audimat, la cérémonie des Victoires de la musique retransmise en direct par France 3, qui a rassemblé 1 813 000 spectateurs (8,9% de la part d'audience), est un grand succès (d'autant que la chaîne publique voisine programmait une émission grand public).

On ne peut prendre en compte dans ces estimations, les émissions musicales d'Eve Ruggieri et d'Alain Duault, qui, programmées trop tard, réalisent forcément un score assez bas ; celui-ci se révélerait plus favorable si l'on pouvait ajouter aux chiffres de l'audimat le nombre d'enregistrements sur magnétoscope. Quant aux chaînes câblées, de nombreux mélomanes n'y ont pas accès.

Reste à se demander si les concerts vivants et les retransmissions rassemblent la totalité du public de la musique. Les musiciens professionnels n'ont pas toujours le temps d'assister à des concerts (mais ils incitent leurs élèves et leur entourage à y aller). Les discophiles préfèrent écouter la musique chez eux. Par ailleurs, de nombreux mélomanes renoncent à regarder des concerts à la télévision, les mouvement perpétuels de caméra leur étant insupportables.

Comment augmenter ce nombre fatidique et le mener au-delà des deux millions ? Un chiffre nous donne la réponse : il indique que les habitudes culturelles naissent dans l'enfance, et que l'école joue un rôle considérable dans l'approche culturelle.

Monsieur le ministre de l'Education nationale, à vous de jouer !

 

 

Michèle Worms  
 
Rédactrice en chef