"Les classes à PAC, c'est terminé !" Karine Montarou, professeure de français au collège Georges-Brassens du Rheu (Ille-et-Vilaine), sait que le plan Lang-Tasca de soutien aux enseignements artistiques n'est pas officiellement supprimé. Mais sur le terrain, elle le considère toutefois comme "mourant".
En 2001-2002, grâce au statut de classe à projet artistique et culturel (PAC) et à la subvention de 610 euros qui lui est attachée, cette enseignante, alors en poste à Concarneau (Finistère), avait pu inscrire deux classes de sixième au projet d'Ecole du jeune spectateur mis en place par Très Tôt Théâtre (TTT), le Théâtre du Finistère pour l'enfance et la jeunesse, à Quimper (Finistère). Elle avait pu faire participer ses élèves au chantier annuel de TTT, "Lire, dire, écrire du théâtre", mené en collaboration avec la Maison du théâtre de Brest pour sensibiliser les enfants au spectacle vivant autour de l'écriture contemporaine.
Une aventure de plusieurs mois où les élèves avaient découvert plusieurs pièces de théâtre, rencontré les auteurs, échangé sur Internet leurs impressions de lecture. Le cycle s'était terminé par la présentation sur scène de leur "coup de cœur". Dix minutes par classe pour défendre, devant les autres, la pièce de son choix. Il s'agissait pour eux de faire "entendre les mots qui les ont touchés", comme l'explique Jean-Claude Paréja, directeur artistique de TTT. Il ajoute : "Nous travaillons les bases artistiques, mais en parlant de lecture et d'écriture, nous sommes aussi sur les fondamentaux de l'éducation nationale."
DES ENFANTS SPECTATEURS
Karine Montarou se souvient que l'aide financière avait permis à ses classes de voir cinq spectacles, de régler les frais de déplacement ("91,47 euros par sortie") mais aussi d'"acheter des livres, payer l'intervention d'un artiste". Elle souligne le rôle de l'éducation artistique par rapport aux autres enseignements : "Dans une classe à PAC, les élèves se rendent compte que ce n'est pas parce que Untel a de bonnes notes en lecture qu'il va être capable de défendre un texte sur un plateau." Elle ajoute :"Cette expérience m'a aidée à remettre en question ce que je faisais en classe."
Depuis deux ans, Michèle Duloutre, institutrice à l'école primaire Paul-Langevin de Quimper, ne bénéficie plus du dispositif mais continue de suivre le programme "Lire, dire, écrire du théâtre"."Cela donne un sens à ce qu'on apprend en classe, c'est concret", dit-elle. Par exemple, elle demande aux enfants d'écrire des "bouts de réplique" ou leur propose des jeux qui servent de support à l'expression théâtrale.
Jean-Claude Lallias, conseiller pour le théâtre au département arts et culture du Centre national de documentation pédagogique (CNDP), a été l'un des parrains de "Lire, dire, écrire du théâtre" 2003-2004. Il reconnaît que la baisse des moyens nationaux a pu "casser des dynamiques" mais constate que, "quand les budgets sont revus à la baisse, les moyens sont trouvés sur place". Ainsi, Régine Pennec, professeure de français au collège Saint-Jean-Baptiste de Quimper, n'a pu profiter du PAC en 2003-2004. Pour participer, avec sa classe de sixième, à "Lire, dire, écrire du théâtre" et à l'Ecole du jeune spectateur, elle a organisé, avec le soutien de son directeur, de ses collègues, des enfants et de leurs parents, une vente de tulipes : les 1 500 euros récoltés ont financé le projet artistique.
"Les enfants sont devenus des spectateurs avertis. Ils font des critiques, les justifient. Ils sont heureux de venir en français, s'expriment avec plus d'aisance et ne s'ennuient pas. A 11 ans, ils sont en attitude d'ouverture", indique Régine Pennec. Elle-même profite de cet enrichissement : "La rencontre avec les artistes me permet de garder l'enthousiasme pour un métier que j'exerce depuis plus de vingt ans." Alain Le Beux, son chef d'établissement, a mesuré l'impact positif de la classe à PAC sur l'ensemble des élèves et des enseignants. Pour la rentrée 2004, tous ont préparé ce qu'ils appellent des "feu classes à PAC".
Catarina Mercuri