Un rapport souligne les incohérences de l'enseignement de la musique et des arts
Cinquante propositions pour améliorer l'éducation artistique à l'école
LE MONDE | 02.07.05 | 12h46  •  Mis à jour le 02.07.05 | 12h46


 

L'enseignement des arts à l'école de la République se porte mal. Le constat est malheureusement ancien, qui fait régulièrement de la France un des plus mauvais élèves européens en la matière. Le rapport de la mission parlementaire sur "La politique des pouvoirs publics dans le domaine de l'éducation et de la formation artistique", rendu public jeudi 30 juin, ne fait pas exception.

 

Présidée par Muriel Marland-Militello (UMP), la mission souligne, dans son rapport, les contradictions entre "la reconnaissance officielle d'une nécessaire démocratisation de l'éducation artistique" et "une pratique fluctuante" . La faute, notamment, aux rivalités politiques, regrette le rapport.

Trois textes "emblématiques" ont ainsi été élaborés depuis vingt ans, mais ils ont été "remis régulièrement en cause" . La loi du 6 janvier 1988, qui rendait les disciplines artistiques obligatoires dans les programmes mais aussi aux examens ? Oubliée, faute de volonté et de moyens. Le plan Tasca-Lang de décembre 2000, qui prévoyait notamment la généralisation des classes à projet artistique et culturel (PAC) ? Ensablé après une réduction des crédits de 60 % dans les écoles primaires. Le plan de relance Fillon-Donnedieu de Vabres de janvier 2005 ? Il est encore trop tôt pour l'enterrer, mais son avenir peut sembler incertain, sauf à "pérenniser les expériences probantes sur une période de cinq ans".

Et c'est là la première des quelque cinquante propositions que dispense la mission. Pour lutter contre "une inégalité persistante " sur le territoire, le rapport invite à s'attaquer d'abord à la formation des maîtres, en rendant obligatoires les disciplines artistiques dans les IUFM. Comment accepter, par exemple, que neuf professeurs d'histoire sur dix n'aient bénéficié d'aucune formation en histoire de l'art ?

Ce constat se décline dans les programmes et les méthodes d'enseignement. Le rapport invite à "modifier les programmes des disciplines dites "fondamentales " afin d'intégrer la dimension artistique de chaque matière". L'histoire de l'art dans l'histoire, donc, ce qui impose de "lisser les programmes de la sixième à la terminale" , mais aussi les arts plastiques dans le français (Mme Militello cite volontiers les apports du plasticien Ben pour enseigner l'écriture), etc. Constatant par ailleurs qu'aujourd'hui "les enseignements artistiques sont d'une extrême austérité" , la mission recommande de "réformer les méthodes d'enseignement" en privilégiant "la pratique et l'observation" .

 

DÉVELOPPER LES RÉSIDENCES

 

Au programme encore, les députés exigent que la musique et les arts plastiques restent obligatoires au collège, mais aussi qu'un des deux le devienne au lycée. Ils demandent aux établissements de rester ouverts hors temps scolaire pour accueillir des activités artistiques et de développer les résidences d'artistes.

Enfin, ils réclament un développement des structures éducatives des institutions culturelles (centres dramatiques, chorégraphiques...), comme le prévoyait déjà le plan Fillon-Donnedieu de Vabres. Sur ce denier point, Mme Marland-Militello annonce qu'elle ira dès septembre vérifier elle-même la réalité des faits sur le terrain. Car, et c'est la conclusion du rapport, si "apprendre à lire, écrire, compter est à l'évidence fondamental, apprendre à voir, entendre, sentir ne l'est pas moins" .


 

Nathaniel Herzberg
Article paru dans l'édition du 03.07.05