Après leur succès à l'écran, les Choristes attirent les foules dans les salles de concert
LE MONDE
Le chœur du collège Saint-Marc de Lyon, qui avait été choisi pour le film à succès de Christophe Barratier, fait un triomphe en tournée avec un répertoire éclectique
L'effet "Choristes" perdure dix mois après la sortie du film. L'association entre le réalisateur Christophe Barratier, le compositeur Bruno Coulais et le chef de chœur Nicolas Porte permet d'engranger tous les records nationaux : box-office (plus de 8,5 millions d'entrées en salles), ventes d'albums (1,2 million d'exemplaires) et de DVD (2,1 millions). Selon Le Film français, ce remake de La Cage aux rossignols (1945) de Jean Dreville a déjà rapporté, tous supports confondus, plus de 100 millions d'euros de recettes.

S'ajoute jusqu'à l'été une tournée d'une trentaine de dates, débutée en novembre 2004 dans la salle parisienne du Grand Rex. Celle-ci a permis de porter à la connaissance du grand public le chœur du collège Saint-Marc de Lyon, choisi pour les besoins de ce film évoquant la vie, en 1949, d'un internat de rééducation pour mineurs, bouleversée par l'arrivée d'un surveillant mélomane et humaniste.

Le concert du vendredi 28 janvier au Palais des Congrès de Paris a été un triomphe. Les quatre rappels ont permis à une nuée de jeunes filles de s'approcher de la scène afin de photographier, téléphone mobile en main, la star de la soirée, Jean-Baptiste Maunier. La popularité de l'adolescent égale celle des star-académiciens depuis qu'il a été invité à vocaliser sur tous les plateaux de télévision. Le chanteur dispose d'un fan-club et d'un site Internet par lequel on a appris qu'il préférait le groupe de rock Linkin Park au chant grégorien.

Sa présence ne suffit pourtant pas à expliquer le succès de la tournée. Pour séduire un public parfois fraîchement converti à l'art choral, rien n'a été laissé au hasard. Le producteur, Thierry Suc, plutôt habitué à œuvrer pour des poids lourds de la variété (Mylène Farmer, Yannick Noah, Calogero et Henri Salvador), a vu grand : un éclairagiste réputé (Alain Longchamp) et les services de l'orchestre Lamoureux. Cette phalange rompue à l'éclectisme avait récemment annoncé sa disparition programmée en raison de ses difficultés financières.

POT-POURRI FÉDÉRATEUR

La prestation est courte (moins d'une heure trente) mais le répertoire vise large. Au menu, bien sûr, les musiques de films de Bruno Coulais, Les Choristes et son tube prokofievien (le compositeur travaille actuellement à un deuxième album), mais aussi Himalaya, Microcosmos et L'enfant qui voulait être un ours. Entre elles, de l'Ave Maria et du Kyrie, un étrange pot-pourri fédérateur enchaînant Chanson pour l'Auvergnat, La Bohême, Tu verras, Douce France, L'Hymne à l'amour et plus curieux encore, Vies monotones, de Gérard Manset, auteur souvent décrit comme triste et austère.

La scénographie ne respire pas le modernisme : des candélabres font songer aux pochettes de Richard Clayderman et les Petits chanteurs de Saint-Marc ont été affublés d'une stricte tenue rétro, sans doute pour rappeler les vertus vestimentaires des pensionnats d'antan : chemise boutonnée jusqu'au col, culottes courtes pour filles et garçons.

Il est tentant de rapprocher la notoriété soudaine de ces collégiens de celle qu'a obtenue la classe unique du Massif central, héroïne du documentaire Etre ou avoir de Nicolas Philibert. Mais cet ensemble vocal de 60 éléments n'a pas été extirpé de l'anonymat. Créé en 1986, il est devenu neuf ans plus tard la maîtrise de la basilique de Fourvière. Il a déjà effectué des tournées, y compris à l'étranger (Côte d'Ivoire ou Japon, Liban ou Etats-Unis), et enregistré des disques autour d'un répertoire sacré comme profane menant du grégorien au XXe siècle (Poulenc, Britten).

Avant le film, le chœur donnait une quarantaine de concerts par an. Depuis, ses engagements ont pratiquement doublé. Pour cette tournée, deux distributions d'une trentaine de chanteurs alternent. "Ils ont obtenu l'autorisation du directeur de s'absenter deux journées par mois", explique Nicolas Porte. Autres contraintes, les adolescents ne peuvent chanter au-delà de 22 heures, jamais les jours fériés, ni trois soirs de suite. C'est pourquoi Jean-Baptiste Maunier peut être remplacé, au désespoir de ses admiratrices.

Qu'en est-il de l'argent de poche ? Selon Le Figaro Entreprises du 24 janvier, la chorale n'a reçu que 3 % du prix de vente hors taxes du CD. Pour les concerts, les chanteurs ont signé un contrat avec la société de Thierry Suc, qui affirme que "les parents ne souhaitaient pas que les enfants soient rémunérés". Finalement, un défraiement permet aux solistes de percevoir 90 euros par prestation et les choristes 50.

Les Choristes ont eu enfin un impact sur la fréquentation de la basilique de Fourvière. Le chœur y chante un dimanche par mois et pour les grandes fêtes religieuses. "Les gens peuvent arriver une demi-heure avant la messe pour occuper les premiers rangs, au grand dam des paroissiens, témoigne Nicolas Porte. Mais le recteur voit ça d'un bon œil car il s'agit d'abord de la liturgie. On s'aperçoit que des jeunes qui mettent l'aube et chantent la messe n'est pas si ringard que ça".

Bruno Lesprit

Les Choristes. Palais des Congrès de Paris, porte Maillot. Prochain concert : le 30 janvier. De 30 à 47 € .

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 30.01.05