Un rapport pour l'obligation de l'enseignement de l'art à l'école
LE MONDE | 09.02.04 | 13h25
Le texte du Conseil économique et social suggère de créer la fonction de professeurs des écoles-maîtres des arts.
Il y a "urgence" à "reconsidérer la place et la nature de l'enseignement des disciplines artistiques et de l'éducation artistique à l'école". C'est pourquoi il faut intégrer ces disciplines à la "formation générale obligatoire" de tout élève.

Ce constat et cette proposition sont émis par Jean-Marcel Bichat, 57 ans, dans un projet d'avis sur "L'enseignement des disciplines artistiques à l'école" rédigé au nom de la section du cadre de vie du Conseil économique et social, et rendu public lundi 9 février. Cet avis sera soumis mercredi au vote de l'assemblée plénière du Palais d'Iéna et remis le jour même aux ministres concernés.

Le rapporteur, ancien collaborateur de François Mitterrand quand il était premier secrétaire du PS et ancien membre des cabinets de Laurent Fabius et de Pierre Bérégovoy à Matignon, y évoque la récente pétition signée par des responsables culturels, artistes, universitaires, enseignants et parents d'élèves sur la situation des enseignements artistiques (Le Mondedu 8 janvier), avant de constater : "Aujourd'hui, relégués à une place subalterne, les enseignements artistiques sont (...) devenus une source d'inégalité et de discrimination culturelle parmi la population scolaire."

Dans ce rapport de 187 pages, M. Bichat rappelle les grandes dates de l'enseignement des disciplines artistiques : depuis 1969, un "tiers-temps pédagogique" est consacré aux disciplines d'éveil et sportives en maternelle et en primaire. 1972 voit la création des Capes et des agrégations d'éducation musicale et d'arts plastiques. En 1981, Jack Lang, ministre de la culture, "donne un essor considérable aux initiatives de ses prédécesseurs", écrit le rapporteur, et signe, en 1983, le premier protocole d'accord entre les ministères de l'éducation nationale et de la culture. En 1988, une loi définit les grandes lignes d'une politique de développement des enseignements artistiques, et, en 2000, Jack Lang, devenu ministre de l'éducation nationale, lance un plan de cinq ans qui généralise les apprentissages artistiques et culturels, diversifie les pratiques artistiques et assure la continuité de l'éducation artistique de la maternelle au lycée.

DES "CHÈQUES-CULTURE"

Malgré ces efforts, le rapporteur juge que "trop peu d'écoles" participent à la "réelle dynamique" de l'éducation artistique. Le texte propose donc un certain nombre de mesures afin d'aboutir à la "généralisation d'un enseignement obligatoire des disciplines artistiques" de la maternelle à la terminale. Pour dispenser cet enseignement, le rapporteur suggère, dès l'école élémentaire, la "présence dans l'équipe pédagogique d'un professeur des écoles-maître des arts", une catégorie qui n'existe pas pour l'instant. Il propose d'inscrire les disciplines artistiques parmi les épreuves du brevet et du baccalauréat en les "affectant d'un coefficient significatif".

Sur le plan social, le rapporteur évoque les limites de la "démocratisation" puisque, "après un demi-siècle de politique culturelle de l'Etat (...), aucun progrès d'accès à la culture ne peut être recensé". "Il faut prendre la mesure de la nécessité d'accompagner la démocratisation de l'art par l'accès de tous les enfants aux enseignements artistiques à l'école." "L'école, ajoute-t-il, est le plus court chemin pour l'accès à l'art, celui qui est emprunté par tous(...). Elle est la clé de l'accès à l'art et à la culture."

Le rapport propose toute une palette d'innovations visant à favoriser l'accès des jeunes à la culture sous toutes ses formes, en liaison par exemple avec les théâtres, les Monuments historiques, les collectivités locales... Ainsi, les enfants de moins de 12 ans accompagnés bénéficieraient d'un accès gratuit aux lieux culturels publics. Pour aider les familles à faibles revenus, M. Bichat suggère que les parents accompagnateurs bénéficient de chèques culture attribués par les caisses d'allocations familiales et les mutuelles sociales agricoles. Ceux-ci seraient également proposés aux collégiens et lycéens par les ministères de la culture, de la jeunesse et de l'éducation nationale.

Le nombre des classes musicales à horaires aménagés (CHAM), qui permettent aux écoliers et collégiens de suivre un enseignement artistique renforcé parallèlement à leurs activités scolaires, serait augmenté. Celles-ci devraient être également proposées aux lycéens.

M. Bichat voudrait mettre fin à une situation où "le peu de place que l'école accorde à l'art dans ses programmes est un reflet du choix d'une société pour qui l'art ne compterait pas beaucoup".

Catarina Mercuri

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.02.04