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• LE MONDE | 06.12.02 | 11h12
• MIS A JOUR LE 06.12.02 | 11h32 Un rapport dénonce les pratiques en cours à l'école de l'Opéra de Paris
Les petits rats de l'Opéra de Paris seraient victimes de harcèlement
moral, de "déni de la douleur, d'atteintes à la dignité, de
discipline de terreur psychologique, d'outrances verbales". Telles
sont les conclusions du rapport réalisé par le cabinet Socialconseil
pour le comité d'hygiène et de sécurité de l'Opéra de Paris. Le rapport
dénonce aussi des problèmes de harcèlement aux services des costumes et
des perruques, mais il est surtout accablant pour la plus grande école
de danse du monde, située à Nanterre et dirigée par Claude Bessy dont le
"comportement autoritaire " est stigmatisé. Cent-vingt élèves,
âgés de 8 à 18 ans, y vivent en internat.
Un enfant victime de foulure est obligé de danser pendant deux heures. "On danse avec des blessures, on a habitué notre corps à ne pas entendre les signaux d'alarme de la douleur. Alors les blessures sont plus graves : de musculaires, elles deviennent osseuses ", dit un danseur. "J'avais une fracture de fatigue, on m'a dit : "Tu fais du cinéma". J'ai fait constater la fracture par un médecin extérieur à l'école. J'ai dû m'arrêter et j'ai été renvoyée", dit une élève dans un témoignage recueilli par le journal Libération du 4 décembre. "Il n'y a pas à discuter. Il devrait y avoir un jury pour choisir les élèves mais le règlement intérieur n'est jamais respecté. Le choix est fait par la direction seule. Un élève a eu un problème, un accident, une entorse au genou. Il avait du mal à suivre. Il a été renvoyé sur le champ. Or il est stipulé dans le règlement intérieur que les professeurs scolaires, de danse et les parents d'élèves doivent discuter du sort de l'enfant. Les parents ne disent jamais rien", se plaint un enseignant. Chaque corps des élèves est mesuré, pesé, étalonné et sélectionné pour correspondre au morphotype du danseur de ballet. 100 grammes de trop peuvent entraîner un avertissement, indique le rapport. "Ça fait partie du métier de surveiller son poids mais ici les paroles sont très dures, irrespectueuses. Beaucoup de filles en viennent à avoir des problèmes d'anorexie. Quelques danseuses ont de très gros problèmes et elles ne s'en rendent même pas compte", racontent des danseurs. L'école est un monde clos, coupé de l'extérieur et apparemment traversé par les insultes. Il arrive que des surveillants de nuit soient empêchés d'adresser la parole aux enfants ou de les entendre quand ceux-ci ont envie de se confier, selon une source syndicale. Dans une interview à Marie-Claire en août 2000, la danseuse-étoile Aurélie Dupont avait pris la liberté de raconter : "Pendant six années d'école, plus encore que la douleur intense des exercices, ce qui me fait le plus mal, c'est la méchanceté. Et la froideur des adultes. Un peu de douceur, de gentillesse ne nous auraient pas fait moins bien danser." CABALE Mise en cause, la directrice Claude Bessy, âgée de 70 ans, a répondu aux experts du cabinet Socialconseil en ces termes : "Moi, j'ai été élevée à la baguette. Aujourd'hui quand tu fais une connerie, il n'y a plus de sanction. Moins on travaille, plus on gagne de l'argent. Tout le monde discute. Je n'ai plus rien à voir avec cette société ". Ce rapport illustre à ses yeux l'existence d'une cabale contre l'école de renommée mondiale. "Je suis outrée par ce qui se dit, qui est systématiquement de la calomnie." Dès qu'un enfant est malade ou souffre d'une fracture de fatigue, il "est bien évidemment arrêté immédiatement et soigné", précise-t-elle à l'AFP. La direction de l'Opéra de Paris répond quant à elle : "Oui, la scolarité à l'école de danse est difficile car c'est une école qui vise à former de futurs professionnels de très haut niveau : on ne s'y inscrit pas "parce qu'on aime bien danser" mais parce que l'on veut faire une carrière de danseur ou de danseuse, autant que possible dans le corps de ballet de l'Opéra de Paris dont chacun s'accorde à reconnaître qu'il est un des meilleurs du monde." Le communiqué poursuit : "Oui, une carrière de danseur suppose d'acquérir très tôt l'excellence technique, artistique et une volonté et une persévérance hors du commun. Oui, l'école prépare à un métier que l'on exercera très jeune, pour une durée limitée, dans un contexte de concurrence que l'on assimile souvent, à juste titre, à une carrière d'athlète de haut niveau. Pour autant cela n'autorise pas d'éventuels excès... mais ils restent à démontrer, ce que se garde bien de faire le rapport d'expertise à l'origine de ces accusations." Pour la direction de l'Opéra, ce rapport initialement commandé par le comité d'hygiène et sécurité "pour faciliter ses préconisations, dérive dans une suite d'accusations sans aucun rapport avec la réalité". Elle ne peut laisser "accuser sans preuves et de manière inacceptable un certain nombre de ses cadres à l'occasion d'une prétendue expertise réalisée, en réalité, à charge". Elle signale que des pétitions de soutien circulent à l'opéra afin de répondre à ce qui "est perçu comme une grave injustice". Et indique que les faits rapportés sont en cours de vérification. Celle-ci "permettra de donner les suites nécessaires à ce qui serait vrai aussi bien qu'à ce qui serait faux". Dominique Le Guilledoux • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 07.12.02 |
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