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Les festivals peinent à équilibrer leur budget
 

• LE MONDE | 30.08.02 | 09h26

• MIS A JOUR LE 30.08.02 | 17h49

 
Directeur du festival Visa pour l'image de Perpignan, dont la 14e édition débute samedi, Jean-François Leroy craint de ne pas pouvoir équilibrer ses comptes à la fin de l'été. S'il bénéficie toujours du soutien financier de Kodak, de Canon, de Paris Match ou de Photo, deux importants sponsors américains, Timepix (l'agence de diffusion de Time et de Life) et Corbis lui ont fait faux bond, amputant son budget d'environ 100 000 € sur un total de 762 000 €. Ayant un statut très particulier dans la profession, Jean-François Leroy est directement associé aux gains ou aux pertes puisqu'il détient, au côté d'Hachette Filipacchi Médias, 30 % de la SARL Images Evidence qui organise le festival pour l'association Visa pour l'image.

Comme lui, nombre d'organisateurs de festivals se sont plaints cette année de la difficulté, accrue depuis le 11 septembre 2001, de trouver de nouvelles recettes de mécénat. "C'est difficile de trouver de l'argent auprès des privés", ne cache pas Alain Arnaudet, administrateur général des Rencontres d'Arles, autre manifestation consacrée à la photographie. Pour augmenter le budget (de 1,42 million d'euros en 2001 à 2,26 millions d'euros cette année), "il a fallu courir sept jours sur sept pendant un an pour convaincre. L'impact du 11 septembre était très tangible, les grands groupes ont réduit leurs dépenses en mécénat et en communication", explique Alain Arnaudet. Au total, pour cette manifestation autofinancée à 45 %, les partenaires privés (l'éditeur américain Dakota Group, la SNCF, la Fnac, la Caisse d'épargne, Arcelor, Semimage, Agnès b...) ont apporté plus de 150 000 €.

Marie-Thérèse Perrin, présidente de l'association du Printemps de septembre, festival d'arts visuels à Toulouse, a, quant à elle, pâti de l'explosion de l'usine AZF. "Les Laboratoires Fabre ont finalement renoncé à toute opération de mécénat pour venir en aide à la ville. Sur un budget de 1,06 million d'euros, la moitié provient du mécénat, explique-t-elle. Dans la mesure où la manifestation a considérablement grandi depuis qu'elle est à Toulouse, il nous faudrait 230 000 € supplémentaires", assure-t-elle. Toutes les manifestations sont gratuites et ouvertes au public. "J'ai été obligée de déplacer le festival de Cahors à Toulouse parce que la municipalité m'avait lâchée, ne voulait pas m'aider à financer le festival", remarque-t-elle, ajoutant qu'à Toulouse "les choses sont plus simples avec Philippe Douste-Blazy."

Une très grande manifestation, comme le Festival international d'art lyrique d'Aix-en-Provence, est l'une des rares aujourd'hui à s'enorgueillir d'avoir vu ses recettes de mécénat "augmenter de 70 % entre 1998 et 2003", souligne l'administrateur, Patrick Mérijon. Sur un budget 2002 de 15,8 millions d'euros, l'apport des entreprises privées s'élève à 1,8 million. Au total, 23 des 24 accords de parrainage signés en 2001 (dont EDF, Airbus, Vivendi Universal, France Télécom et la Sacem) ont été reconduits en 2002. Malgré les difficultés financières de Vivendi Universal et l'expiration du mandat de l'ancien PDG de ce groupe, Jean-Marie Messier, à la présidence du conseil d'administration du festival, le groupe de communication a signé une convention de parrainage d'une durée de trois ans.

LE RECOURS AU BÉNÉVOLAT

Avec le mécénat, le doublement des cotisations chômage imposées aux intermittents du spectacle et à leurs employeurs constitue l'autre grand sujet de préoccupation des organisateurs. La brutalité de cette mesure, dont l'application prévue le 1er juillet a finalement été reportée au 1er septembre, gêne considérablement l'économie des festivals. Sébastien Almon, chargé de production au Festival de Saintes, affirme qu'elle coûterait plus de 6 000 €, pour un budget total de 750 000 €. "Les fiches de paie ont dû être recalculées", affirme-t-il, pour les intermittents engagés pour les 26 concerts. Pour le Festival d'art lyrique d'Aix, la facture s'établirait à 50 000 € supplémentaires. "Cela risque de se traduire par une augmentation du prix des spectacles", déplore Patrice Poyet, directeur de Danse à Aix.

Face à ces difficultés, le bénévolat reste une solution incontournable. Il a permis à d'importantes manifestations, comme les Vieilles Charrues, le Festival interceltique de Lorient ou Marciac de voir le jour. Des centaines d'habitants peuvent ainsi, en participant à de grandes communions locales, revendiquer une identité régionale, une intégration dans un groupe ou, plus prosaïquement, assister gratuitement à des concerts. "Mais il faut savoir où est la limite, quand des organisateurs sortent de l'esprit des festivals pour bénéficier d'une main-d'œuvre gratuite", met en garde Patrice Mérijon.

Rares sont les festivals qui permettent à leurs organisateurs de s'enrichir. Une lettre sévère a bien été envoyée en 2000 par le Centre national des variétés à Jean-Louis Foulquier pour qu'il baisse de moitié son salaire, qu'il fasse des efforts de gestion et qu'il réduise les frais de structure des Francofolies de La Rochelle, mais ce type de courrier est exceptionnel. Le Centre a refusé d'attribuer son aide aux Francofolies pendant un an. Mais depuis, son président, Jean-Claude Camus, affirme que tout est rentré dans l'ordre.

Après un rapport alarmant de la Cour des comptes en 1996, le Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence a lui aussi été contraint de réaliser d'importants efforts. "Les associations loi de 1901 sont un excellent statut pour les festivals, constate son administrateur. Elles n'ont pas vocation à faire de profit, mais peuvent être contrôlées par un commissaire aux comptes et doivent à leurs associés une réelle transparence financière."

Il n'existe aucun cadre ni aucun statut juridique précis des festivals, ce qui permet une incroyable diversité des statuts, et la règle des trois tiers (autofinancement, subventions, appel au privé) est rarement appliquée. Le ministère de la culture, de son côté, est incapable de fournir une liste à jour des aides fournies cet été aux différents festivals de musique, de théâtre, de danse, de photo... Presque tout est décentralisé. Curieusement, c'est le Conseil économique et social qui a réalisé le dernier état des lieux sur les festivals, dans un rapport signé par Philippe Dechartre en 1998. L'auteur estimait alors à 2 000 le nombre annuel des festivals français et considérait que ces événements culturels mobilisaient déjà, il y a dix ans, 5 millions de personnes.

Nicole Vulser


22,9 millions d'euros générés par le "in"

 

Une étude sur le Festival "in" 2001 d'Avignon, réalisée pour le compte de l'association de gestion du Festival d'Avignon (AGFA), montre qu'il a généré, de façon directe, 8,06 millions d'euros de chiffre d'affaires et, de façon indirecte, 14,8 millions d'euros, soit un total de 22,9 millions d'euros. Le Grand Avignon a bénéficié au total, selon cette étude, de 79,5 % des retombées économiques du Festival.

Cette manne totale se décompose de la façon suivante : les dépenses des 52 000 festivaliers qui ont passé plus de 104 000 journées et 80 000 nuitées en Avignon (14,84 millions d'euros) représentent le poste principal. Viennent ensuite les salaires et défraiements (2,31 millions d'euros répartis notamment entre 23 permanents et 700 salariés temporaires), les dépenses liées aux compagnies (achats de spectacle, coproduction, frais de séjour... pour 2,07 millions d'euros), les achats et services (2,01 millions d'euros) et les impôts, taxes et cotisations diverses (1,65 million d'euros).

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 31.08.02


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